Jean Claude Gilmont – Auteur Conférencier

Réflexion sur la dépression

Penseur de Rodin

Incroyable, le nombre d’amis, de connaissances et de personnes côtoyées lors des séances de l’atelier ou des conférences, qui me contactent depuis quelque temps pour solliciter une aide, une écoute, un conseil. Le leitmotiv est : “Je déprime, j’ai besoin qu’on s’occupe de moi” quand ce n’est pas le découragement “Je ne crois plus à rien” ou la révolte “Tout me fait chier”. Avant tout, sachez que la “dépression” n’est pas une maladie honteuse et oubliez que certains en sont à l’abri. Ca tombe sur la “pomme” de n’importe qui et celui qui s’adresse ici à vous, parle par expérience pour avoir “accueilli la dépression” en lui à plusieurs reprises au cours de sa vie. Si je vais voir dans le dictionnaire ce que signifie la “pression”, c’est la contrainte exercée sur quelqu’un. Autrement dit, étymologiquement parlant, “déprimer” c’est enlever la pression imposée notamment par notre éducation, notre culture, nos règles de société, notre mode de vie actuel. Vue sous cet angle, nous pourrions déjà affirmer que la dépression n’est pas aussi négative qu’on le pense en général et qu’elle implique un acte à poser, en nous déchargeant des fardeaux qui nous encombrent, qui nous pèsent. Lors de ses entretiens à l’ashram, Arnaud Desjardins nous lança un jour “L’important, ce n’est pas ce que les autres ont fait de nous, c’est ce que nous voulons faire de ce que les autres ont fait de nous”. Une prise de conscience inévitable va nous proposer deux chemins différents :

  • soit celui de la résignation, de la démission, sur lequel on subit, l’échine courbée
  • soit celui de l’évolution, de l’ouverture, du retour au “soi”, de la dignité, mais toujours dans l’acceptation de ce qui EST, pour éviter de tomber dans la dualité

Pour qu’une dépression soit bénéfique (mais oui !), il est nécessaire de s’immerger au maximum – comme le nageur qui va aller rebondir sur le fond de la piscine pour mieux remonter à la surface. Si des antidépresseurs contribuent à placer le sujet dans une sorte de fausse sérénité, il n’y aura jamais de remise en question mais la certitude de se retrouver un jour ou l’autre dans le même état, avec une aggravation à la clé. La dépression est un signal : le moment est venu de saisir l’occasion d’avancer, de prendre nos distances envers les vieux schémas, de dépasser les limites placées par ceux qui nous “programmaient” ou du moins rêvaient de le faire, d’oser ETRE ! La période de panique inhérente à l’état dépressif provient du fait que nos repères perdent de leur consistance : le “lâcher prise” contribue à cette sensation d’abandon mais bien vite, des facultés étouffées jusque là (comme l’intuition, la créativité par exemple) vont à nouveau avoir voix au chapitre. L’échelle des valeurs va aussi s’adapter : l’importance occupée par le travail sacro-saint, la mise sur piédestal de la seule vie de famille, risquent d’être revus à la baisse. La déstabilisation provient également du fait qu’une image arrêtée de nous devient de plus en plus floue, image qui pourtant n’était pas nous (mais celle que les autres avaient de nous parce que en grande partie créée par eux). Et dire que cette image déformée de la réalité de ce que nous sommes, nous y tenons, car nous préférons encore nous y accrocher plutôt que de prendre la liberté d’en définir une nouvelle, nous-mêmes. Cela va même beaucoup plus loin puisque parfois, plutôt que de choisir cette alternative qui nous tend les bras, nous accélérons la suppression de l’image ancienne parce que, effectivement, nous percevons qu’elle ne reflète pas le “vrai” en nous : c’est l’escalade vers le nihilisme, vers l’autodestruction, vers le suicide (direct ou à petit feu). Tremplin salutaire de la “déprime” qui nous procure l’impulsion suffisante pour accéder à un état de conscience plus élevé. Notre aveuglement et notre peur de l’inconnu, encouragés par des prises en charge médicales dont je ne critique pas la volonté d’aider, nous empêchent souvent de “grandir” et continuent à nous emprisonner dans la petite bulle étriquée à l’intérieur de laquelle nous nous évertuerons à nous débattre pour attirer, de temps à autre, un regard sur nous, seul moyen qu’il nous restera pour nous rassurer sur le fait que nous existons. Faire confiance à la Vie, à ce qu’elle nous offre pour nous inciter à Vivre plutôt qu’à vivoter… Accepter ce qui est (et non ce qui devrait être) et l’utiliser pour progresser, pas à pas, sans brûler les étapes. Alors, plutôt que de nous tourner vers l’extérieur, vers les autres, pour exiger d’eux une énergie dont ils ne disposent peut-être pas ou dont ils ont besoin eux-mêmes pour faire face à leurs propres difficultés ; plutôt que d’avoir un jour l’audace de les culpabiliser en leur reprochant qu’ils n’ont pas été à la hauteur de nos attentes, permettons à ce que j’appelle notre “petite flamme intérieure” de s’exprimer : c’est elle qui nous éclairera, qui nous fortifiera, sûrs que tout ce qui nous arrive survient pour notre évolution vers une vie axée non pas sur un “bien avoir” mais sur un mieux être.

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